argiles en poudre
L’argile a été utilisée en médecine depuis des siècles sur tous les continents pour combattre des maladies gastro-intestinales, les infections et comme antidote aux poisons. En Afrique l'argile est consommé de façon traditionnelle par les femmes enceintes. En ce qui concerne nos petites têtes poilus, de nombreux composés alimentaires et spécialités thérapeutiques contiennent des argiles.  Les argiles sont utilisées pour les pathologies digestives mais aussi pour l’accroissement de l’efficacité alimentaire, l’apport de substances minérales et  la détoxification de la ration.
 

Des preuves de l’usage des argiles sont apparus dés l’antiquité.

Les égyptiens utilisaient l’argile comme un anti-inflammatoire, un antiseptique et un conservateur pour la momification. En Egypte, le papyrus Ebers (1.600 avant J.C., copie d’un document de 2500 avant J.C.) est un texte médical important de l’Egypte ancienne. Il décrit des traitements utilisant les argiles, pour de nombreuses pathologies en particulier pour les problèmes intestinaux comme l’acidité gastrique.


Au VIIIème siècle avant JC, les silicates d’alumine figurent en bonne place dans la pharmacopée du Proche Orient, et le paysan mésopotamien les utilise couramment.


Chez les romains, Pline l’ancien (23-79 après J.C.) porte ce médicament en haute estime, affirmant qu’il est le deuxième élément le plus important de la pharmacopée, après le cinabre (sulfure de mercure). Il décrit l’ingestion de boues argileuses pour traiter les maux d’estomac et d’intestins 1.


Galien est un médecin grec de l'Antiquité (né à Pergame en Asie mineure vers 1292, et mort en 216), qui exerça la médecine à Pergame et à Rome où il soigna plusieurs empereurs. Il a lui aussi utilisé l’argile par voie interne ou en usage externe ce qu’il a immortalisé dans son traité sur la thérapie par l’argile 2.


Un dictionnaire botanique et pharmaceutique français de 1716 témoigne des usages habituels des silicates d’alumine à cette époque : il y est écrit « leur principal usage est dans la fièvre maligne, la peste, la diarrhée, la dysenterie, les morsures de bêtes venimeuses, les hémorragies, les gonorrhées, les pertes vaginales et le vomissement. On s’en sert aussi extérieurement pour arrêter le sang, pour dessécher les plaies, pour mondifier (nettoyer, déterger) les plaies empoisonnées et les piqûres de bêtes venimeuses, pour purifier et consolider les ulcères chancreux et malins3.


L’argile de chimayo au nouveau Mexique a été utilisée pour soigner depuis de nombreuses année tant et si bien que dans l’église de chimayo on trouve de nombreux testament du pouvoir médicinal de l’argile4.

 

Modalité d’action des argiles

Sur le mucus 

les silicates d’alumine s’étalent sur une surface importante de la muqueuse, et les cristallites ou tactoïdes s’incluent dans le mucus et se lient avec lui. Cette action résulte en une amélioration fonctionnelle très rapide, perceptible en une vingtaine de minutes, et très appréciée par les patients. L’effet obtenu est :

  • Augmentation de l’épaisseur du mucus, et inhibition de l’action corrosive de la pepsine5
  • Augmentation des capacités rhéologiques par polymérisation accrue des glycoprotéines6
  • Augmentation de son adhésion, de sa viscosité et de son hydrophobie, et réduction de sa dégradation7


En se liant aux glycoprotéines du mucus et en renforçant celui-ci, les silicates d’alumine protègent les cellules intestinales de l’érosion par les acides biliaires , et par les radicaux libres ;

  • Ils empêchent la disjonction entre les cellules induite par les cytokines inflammatoires8 ;
  • Ils protègent des agressions par l’éthanol et par les anti-inflammatoires non stéroîdiens, et traitent les gastropathies induites par ces derniers5


Sur les sucs digestifs

Sur la pepsine : une smectite peut inhiber totalement les dommages – rupture du film muqueux, lésions hémmorragiques, ulcérations – créés ordinairement par une sécrétion pathologique excessive de pepsine5. Un gramme de kaolinite, une argile pourtant peu absorbante, capte 0,20 grammes de pepsine.

Sur l’acidité gastrique: toutes les argiles sont avides de protons H+, et absorbent l’acide chlorhydrique in vitro.
Sur la trypsine : une smectite peut se lier directement à la trypsine pancréatique en excès.

 

Sur les germes

La smectite réduit l’adhésion d’Helicobacter pylori à la surface intestinale et elle se montre efficace pour soigner la dyspepsie non ulcéreuse H.p. positive.
Certaines argiles, en dilution à 10 mg/10ml, tuent de nombreuses bactéries (staphilococcus aureus, pseudomonas aeruginosa, Salmonella typhimmurium) y compris des bactéries résistantes (E. coli productrice de β-lactamase à spectre étendu ESBL, et S. aureus méthicilline résistant MRSA), d’autres non9.


Sur les toxines bactériennes

Les argiles captent facilement les toxines bactériennes, comme cela a été démontré abondamment dans le cas de la toxine cholérique10,11. C’est avec une simple argile kaolinite, finement divisée, que le professeur Strumpf traita avec succès les malades cholériques lors de la dernière épidémie de choléra en Allemagne en 1906.


Sur les virus

Smectites et kaolinites adsorbent aisément et rapidement de nombreux virus12. Des protocoles en double aveugle avec randomisation sur des adultes13 et des enfants14,15 ont montré le raccourcissement de la durée de la diarrhée, et la diminution de la fréquence des selles.
Dosage : pour le traitement de la gastroentérite, le protocole préconisé se base sur un dosage anthropométrique sur la main du patient équivalent à 300 mg/kg de poids du patient, ce qui pour un homme adulte correspond à 24 grammes en une seule foie, à ne renouveler que si la diarrhée reprend.
L’action des argiles sur les microbes n’est pas qu’un simple effet « cosmétique » par masquage des symptômes ou ralentissement du transit – avec leur corolaire dangereux : la prolongation du portage des germes – mais bien au contraire d’une réelle désinflammation de la muqueuse, accompagnée d’une inhibition de ces mêmes germes, avec souvent une capture de leur toxines.


Sur les toxiques

Les argiles peuvent adsorber dans les intestins un certain nombre de poisons, en particulier le paraquat, un puissant herbicide16,17  et la strychnine6. Même lorsque l’on utilise des espèces minérales peu puissantes (argiles à deux couches, ou Te/Oc), on peut avoir d’excellent résultats : ainsi 480 mg de strychnine, le poison de la fameuse mort aux rats, sont-ils déjà piégés par un seul gramme de kaolinite. Couramment utilisées chez les animaux d’élevage pour absorber les aflatoxines cancérigènes produites par une mycobactérie parasitant fréquemment les arachides18, elles sont envisagées en additif pour les arachides destinées à l’alimentation humaine19

 

Contre indications et précautions d'emploi

Les silicates d’alumine ne doivent pas être utilisés par voie interne en cas d’insuffisance rénale grave. Dans ce cas, des surcharges en fluor seraient possibles (une quantité non négligeable de fluor peut se substituer aux ions oxygènes et aux hydroxyles), et des surcharges en potassium ont pu être observées20.



Interactions avec d’autres substances

Le principal problème posé par la thérapeutique avec les argiles est qu’il est généralement préférable de les ingérer à distance des autres médicaments. Les silicates d’alumine n’altèrent pas l’absorption des drogues acides ni celle des drogues amphotères, mais retardent l’absorption des molécules basiques et leur pic plasmatique. Cependant l’aire sous la courbe demeure identique. Aucune interférence avec la phénylbutazone, l’aspirine, et le diclofénac, mais en revanche une modification de la cinétique avec la cortisone, la rifampicine, et le diazepam. L’action du propanolol est annihilée, car il est absorbé à 94% et très peu relargué21. Il est donc préférable de recommander au patient de prendre les autres médicaments avant les silicates d’alumine – une demi-heure suffit, lorsque la prise s’effectue à jeun. Si les autres médicaments sont pris après les silicates d’alumine, un intervalle de deux heures au minimum (quatre heures pour les antibiotiques de la famille des quinolones) est souhaitable.

Effets indésirables possibles

Certaines argiles peuvent favoriser la constipation sur terrain prédisposé. Ce problème diminue lorsqu’on les ingère au coucher. On peut préférer réduire la posologie : il est rarement nécessaire de suspendre le traitement pour ce motif. D’autres argiles, riches en magnésium, et/ou gonflantes, peuvent, à l’inverse, favoriser le transit. Quelques cas de fécalomes ont été décrits chez des malades psychiatriques souffrant de pica.


Usage des argiles en médecine vétérinaire


les argiles sont utilisées pour la prévention et le traitement de la maladie

Dans le traitement de la maladie diarrhéique, par l’absorption de toxines bactériennes et de virus, pour leur effet anti-inflammatoire et  par la cicatrisation de la muqueuse intestinale et stomacale, et enfin par l’éviction de certains parasites. Les kaolinites sont utilisées pour la cautérisation d’ulcérations digestives  (dont l’aluminium est en contact avec la paroi).



les argiles sont utilisées pour l’accroissement de l’efficacité alimentaire

La complémentation de la ration avec des argiles (généralement entre 1 et 5%, que l’on peut augmenter à 6 à 8% temporairement, en cas d’épisode diarrhéique intercurrent) permet une meilleur utilisation des nutriments et une croissance meilleure, et parfois un engraissement meilleur pour une ration égale ou parfois moindre.


Modalités d’action

  • Expérimentée sur le rat, la consommation d’argiles kaolinites augmente la capacité enzymatique de la lipase pancréatique,  et la production de l’apoliporpotéine A-I, d’où une absorption lipidique accrue2.
  • La consommation d’argiles par le rat entraîne également la sur-expression de l’apolipoprotéine A-IV, facteur de satiété, et permet une baise de 7% de la prise alimentaire pour une croissance identique3.
  • Le ralentissement du transit augmentant le temps de contact de la ration alimentaire avec les entérocytes, permet également d’augmenter l’assimilation des mutriments .
  • Chez les ruminants et chez le rat, pour un même apport azoté, l’argile abaisse la digestibilité de l’azote et en rehausse le rendement métabolique. Il est vraisemblable qu’elle piège une part de l’azote dégadé non métabolisable (ammoniac, amines) et l’évacue directement dans les matières fécales, au lieu qu’il ne soit éliminé par voie urinaire. Par ce fait, il y a soulagement des fonctions de détoxification hépatique et d’élimination rénale4.



les argiles sont utilisées pour la détoxification de la ration

 Différentes toxines, contaminants chimiques, métaux et radionucléïdes se lient fortement avec les argiles et ressortent du tube digestif avec elles. C’est le cas :

  • des toxines bactériennes, dont la toxine cholérique ;
  • des toxines produites par les fermentations digestives;
  • des mycotoxines telles que les aflatoxines cancérigènes qui contaminent les arachides mal séchées1 ;
  • des métaux par exemple aluminium issu des techniques de pressage des fourrages,
  • des radionucléides5 : le césium137 et le césium134 ;
  • des contaminants chimiques, alcaloïdes, tanins, strychnine, paraquat6, et autres composant toxiques issus de plantes, avec une efficacité comparable à celle du charbon activé, mais pour un coût inférieur7

Sources

Thèse de doctorat en médecine de Jade Allègre sur les silicates d’alumines en thérapeutique. Cette thèse est consultable à l’adresse suivante : lhomme.et.largile.free.fr/actualites/These_Jade_Allegre.pdf

 

Bibliographie: utilisation en médecine humaine

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Bibliograhie: utilisation en médecine vétérinaire

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